A la mode de chez nous

Les accessoires de mode de Madonna.
Corset avec seins en obus (vers 1988), attirail cabalistique (vers 2002), bébé noir du tiers-monde supermignon (2006).
Sur le front du bébé : destinataire, sur son torse : haut/bas, au pied : nom David, pays Malawi.
Dessin de Zapiro, Johannesburg.
Je vous livre tel quel un article de Xan Rice paru dans "The Gardian" :
"C'est l'histoire d'un enfant de 13 mois. D'un père qui, après avoir enterré son épouse et deux bébés, a emmené le seul fils qui lui restait dans un orphelinat pour lui donner une meilleure chance de survie. D'une superstar qui rêvait d'adopter un enfant venant d'un continent où elle n'avait jamais mis les pieds. Et d'un gouvernement si reconnaissant à la star d'avoir promis une aide de 3 millions de dollars qu'il a violé ses propres lois pour l'aider, faisant de cette adoption un cauchemar pour ses attachés de presse. C'est l'histoire de David Banda, le bébé le plus célèbre du monde.
Tout commence en 2005 à Lipunga, un joli petit village de 300 âmes dans l'ouest du Malawi. Yohane et Marita Banda attendent leur troisième enfant. Ils sont inquiets. Leur premier fils, Garnet, est mort du paludisme à 2 ans. Le deuxième, Babel, également un garçon, a succombé à une maladie indéterminée à l'âge de 18 mois.
Marita, la jeune mère de 28 ans, est malade. Yohane emprunte un vélo, la couche sur la remorque accrochée à l'arrière et pédale sur 21 kilomètres de piste pour l'emmener à la clinique la plus proche. On les renvoie chez eux avec des médicaments, mais le soir même ils reviennent à la clinique.
"Je l'ai ramenée sur le vélo", raconte Yohane. Cette fois-ci, la clinique envoie une ambulance et Marita passe une semaine à l'hôpital. Après sa sortie, elle rentre à Lipunga. David naît le 24 septembre, mis au monde par des sages-femmes traditionnelles. Il est en bonne santé, contrairement à sa mère. Le temps que Yohane arrive au village, la vie de Marita ne tient plus qu?à un fil. Marita rend son dernier soupir le 30 septembre, six jours après avoir accouché.
Yohane est terrassé. Et ses problèmes ne font que commencer. Il doit encore 57 euros sur la dot à verser à ses beaux-parents. Or ceux-ci refusent catégoriquement de s'occuper de David. Yohane rentre donc à Lipunga en père célibataire, en se demandant comment il va bien pouvoir faire, lui qui passe ses journées à cultiver son carré de tomates et d'oignons, pour que son bébé d'une semaine ne subisse pas le même sort que ses aînés. Il n'a pas les moyens d'acheter du lait. Et si l'enfant tombait malade ?
Il y a quelques dizaines d'années encore, la famille élargie serait intervenue pour confier l'enfant à quelqu'un. Mais le sida a détruit ce réseau de solidarité. Ce pays de 12 millions d'habitants compte déjà des centaines de milliers d'orphelins, et les proches parents, qui ont eux-mêmes du mal à joindre les deux bouts, hésitent de plus en plus à accepter de prendre en charge l'enfant d'une autre famille.
Après une discussion avec sa mère, Asianti, Yohane consulte le chef du village, Henderson Geza. Ce dernier sait combien il est difficile pour les parents célibataires de s'occuper d'un enfant dans les villages pauvres comme Lipunga : son propre petit-fils a été mis à l'orphelinat quelques mois après avoir perdu sa mère.
Yohane et Geza conviennent que la meilleure solution est de demander à l'église l'autorisation d'envoyer David à la "Maison de l'espoir". Il y sera bien nourri, bénéficiera des soins d'une nourrice et, surtout, s'il tombe malade, il sera soigné sur place, à la clinique de l'établissement. Avec Asianti et David sur la selle de son vélo, Yohane pédale donc jusqu'à la Maison de l'espoir. David a cinq semaines. L'orphelinat n'a plus de place, mais une bénévole au grand coeur accepte tout de même de le prendre.
"Ç'a été un jour très triste pour nous, confie Asianti. Notre seule consolation était que l'enfant avait plus de chances de rester en vie." Quelques mois plus tard, Madonna annonce qu'elle envisage de donner 3 millions de dollars au Malawi pour aider les orphelins du pays. Cet argent sera consacré à la construction d'un nouveau foyer pour plus de 4 000 orphelins du sida et à la réalisation d'un film sur la situation dramatique des enfants malawites.
Au Malawi, toutes les demandes d'adoption sont gérées par le ministère des Questions féminines et de l'Enfance. A la demande de Madonna et de son époux, des fonctionnaires du ministère ont été dépêchés dans plusieurs orphelinats afin de sélectionner une douzaine de bébés pour le couple. La recherche a commencé.
David est en bonne santé. Yohane vient le voir deux fois par semaine en vélo. Un trajet aller et retour de 80 kilomètres. En général, il apporte des produits frais à son fils. Asianti l'accompagne parfois, enfourchant elle aussi un vélo. Malgré ses 56 ans, les travaux des champs l'ont gardée bien plus en forme que la plupart des femmes deux fois plus jeunes qu'elle. "Nous étions très proches de mon enfant, assure Yohane. Dès que je quittais l'orphelinat, David se mettait à pleurer."
Et, comme si la nouvelle de l'adoption d'un petit garçon noir par une grande vedette blanche du show-business ne suffisait pas, un autre élément ajoute au côté sensationnel de la chose : Madonna adopte un garçon dont le père est en vie. Pourquoi faire cela, sachant pertinemment que cela soulèvera un tollé ? Et comment faire pour contourner les lois très strictes sur l'adoption, qui exigent que des étrangers vivent dix-huit mois dans le pays avant d'adopter un enfant, de sorte que les autorités responsables de l'enfance aient le temps d'évaluer leurs capacités ?
David pourra revoir son père dans trois ou quatre ans
Madonna et son mari, Guy Ritchie, pourraient répondre à la première question, mais visiblement aucun ne se montre disposé à le faire pour l?instant. Il est toutefois extrêmement rare que les autorités proposent à des adoptants un des nombreux pensionnaires des orphelinats malawites qui n'ont perdu que leur mère. "Seuls ceux qui n'ont plus aucun de leurs deux parents en vie et qui sont dans une situation telle qu'ils ont très peu de chances de pouvoir réintégrer leur famille élargie sont sélectionnés pour l'adoption", explique le directeur d'un foyer pour enfants réputé au Malawi, qui a demandé à garder l'anonymat. "C'est un cas très inhabituel."
Le 30 septembre, Yohane dit qu'il a reçu la visite à Lipunga de Penstone Kilembe, le directeur national du bien-être social, qui lui a demandé s'il accepterait que David soit adopté par un couple étranger. Après en avoir parlé avec Asianti et d'autres membres de la famille, Yohane a estimé qu'il valait mieux laisser partir David. Son raisonnement était le suivant : si David restait au Malawi, il aurait très peu de chances d'échapper au cycle de la misère. Il pourrait au mieux espérer devenir berger, petit commerçant ou paysan sur un lopin. En partant à l'étranger, il aurait la possibilité de faire ce qu'il voudrait quand il serait grand.
Certains Occidentaux pourraient trouver cette décision cruelle. Au Malawi, on y voit davantage un témoignage d'altruisme : je renonce à mes droits sur cet enfant pour lui permettre d'avoir des opportunités nouvelles. Il perdra peut-être sa culture, voire son attachement à sa famille biologique, mais il aura une chance de s'en sortir. "Mon seul intérêt, c'est que l'enfant bénéficie d'un meilleur accès à l'éducation et à la santé", poursuit Yohane, qui, contrairement à ce que prétendait son frère la semaine précédente, dément avoir agi sous la contrainte ou avoir été manipulé pour prendre sa décision. "C'était un choix difficile à faire, mais je n'ai pas pu dire non quand j'ai compris que David aurait très probablement une meilleure vie avec une nouvelle famille."
Au Malawi, la plupart des gens approuvent la décision de Yohane de laisser partir son enfant. "La pauvreté est telle ici que beaucoup de gens ont du mal à nourrir leurs enfants", explique Boniface Tamani, président de la Commission des affaires publiques, la plus grande organisation interconfessionnelle. Il ne s'agit pas selon lui de résumer cette affaire à l'histoire d'un Blanc qui "sauve l'Afrique", mais il faut simplement y voir un individu qui en a les moyens qui donne à un enfant à l'avenir incertain une chance de connaître une vie meilleure. "David pourra faire des études qu'il n'aurait jamais pu faire en Afrique. Les riches de notre pays pourraient prendre exemple sur Madonna."
Les obstacles juridiques tombent rapidement. Un juge d'une haute cour rend une décision autorisant le couple Ritchie à emmener David dans son pays, le dispensant des dix-huit mois de résidence obligatoire imposés à tous les étrangers désireux d'adopter un enfant. Cette décision prévoit tout de même que la justice rendra un deuxième arrêt au terme de dix-huit mois pour entériner officiellement l'adoption. Lors de l'audience judiciaire, Yohane rencontre Madonna et son mari pour la première fois. Il trouve que ce sont des "gens sympathiques" et consent officiellement à l'adoption de David. D'autant que les Ritchie ont accepté que David vienne revoir son père au Malawi "dans trois ou quatre ans", précise Yohane."
Ce genre d'histoire, ça me met hors de moi ! Comment peut-on permettre à la fois le déracinement d'un enfant et le deuil d'un père (et du peu qui lui reste de famille) uniquement pour satisfaire un caprice égoïste d'une star qui n'apportera même pas du bonheur à cet enfant (au moins, il sera riche et en bonne santé me direz-vous, oui, mais je ne suis pas sûre de ne pas préférer être pauvre et aimée plutôt que riche et vide...) ? Ca me dépasse ! Bien sûr, l'enfant a de meilleures chances de survie et d'éducation mais...

dessin de Mix&Remix paru dans L'Hebdo(Lausanne)